Luke la Main froide, premier livre de Donn Pearce, est un coup de maître , une histoire de forçats qui "sent le vécu" avec un argot mesuré mais des manières au naturel, un livre qui nous plonge dans l'univers carcéral des Etats-Unis d'avant, où les bagnards cognaient dur sur les cailloux, nettoyaient les voies de circulation avec des chaînes aux pieds, dans la poussière, sous le soleil, et dans une solidarité virile et brut comme un roc.
Envoyé au bagne pour avoir vandalisé des parcmètres, Luke Jackson s'y lie d'amitié avec un autre détenu, Dragline, et devient très populaire grâce à son flegme et sa joie de vivre contagieuse, mais aussi parce que c'est un homme insoumis
Il se passe quelques pages avant l'arrivée de Luke, c'est d'abord une présentation du camp de Raiford, la découverte de l'Equipe Taureau utilisée pour l'entretien des routes de la région par tous les temps. Le récit de Luke n'est qu'indirect, par le narrateur et par les histoires racontées a posteriori par son pote Dragline (grande gueule édentée).
Luke, symbole de la cool attitude et emblématique de son époque, finit par incarner une sorte de mythe anticonformiste. Un mythe que les forces de l'ordre ne toléreront pas très longtemps...
L'atmosphère du temps, du travail, de la répétition... Luke la Main froide est d'abord une histoire il devient le mythe, le modèle, un espoir. C'est important pour le sens de ce livre qui n'est pas que Luke, qui est aussi ce qu'il signifie pour chacun, par sa force, sa liberté, son endurance... voire son indifférence qui peut être se tapis derrière son cool.
On se prend au livre petit à petit, du lien fort qui se tisse que les protagonistes soient proches ou non les uns des autres, une espèce d'intimité dans l'adversité des règles dures et de la violence imposée. C'est plus qu'une image de liberté immuable et trop schématique, c'est plus détaché, un peu plus triste aussi.
Porté à l'écran par Stuart Rosenberg, avec Paul Newman (1967).
